RETOUR À LA BOUGIE

Publié le par Michel Durant

Les "bougies" dans un verger. Y aura-t-il des pommes à Noël ? 

Combien de fois n'a-t-on pas lu ou entendu que les écologistes voulaient le retour à la bougie ? Et même, récemment, le Président inquiet de leurs succès électoraux est allé jusqu'à parler de lampe à huile. Bref, il faut s'attendre à la pierre taillée, au chasseur-cueilleur vivant tant bien que mal dans un abri sous roche et, pourquoi pas, à la faucille et au marteau…

Y aura-t-il des jouets dans les souliers des enfants des viticulteurs ?

En fait, ces jours derniers, avec les fortes gelées enregistrées, on a vu un vrai retour à la bougie et des scènes fantasmagoriques dans les vignobles et les vergers de France. Les producteurs de vin et de fruits ont déployé toute une série de procédés pour prémunir leurs plantations contre le gel : les fameuses bougies qui sont plutôt des bidons remplis de paraffine qui peuvent brûler pendant 8 heures, des bâches, des tours antigel, des hélicoptères, des éoliennes, des câbles chauffants, l'aspersion d'eau… Tous procédés plus ou moins efficaces selon la baisse de température.

Ce n'est pas la bougie c'est l'électricité. Mais à quel prix ?

Les plus efficaces (les câbles chauffants protègent jusqu'à moins sept degrés) sont aussi les plus chers (entre 15 000 et 40 000 €/ha d'investissement sans compter la consommation électrique). Seuls les producteurs de grands crus peuvent amortir un tel investissement. Il y a aussi les assurances. Mais elles coûtent cher et, avec la franchise (comme pour les voitures) l'assuré n'est pas rassuré. Cela explique que seules 15% des vignes françaises sont assurées contre le gel.

Des "bougies" à l'ouvrage dans un verger

Viticulteurs et producteurs de fruits peuvent aussi compter sur les indemnités auxquelles ils ont droit en cas de calamités agricoles, ce qui est le cas pour ces gelées exceptionnelles.  Il existe un fonds de garantie spécial abondé par les cotisations professionnelles et par une taxe sur les assurances obligatoires. Hélas, dans les cas graves, ce fonds ne suffit pas et l'État doit compléter. Mais les procédures sont compliquées et les remboursements tardent à venir.

Vision de désolation pour le vigneron

Je suis très sensible aux malheurs des  viticulteurs car une partie de ma famille (grands-parents maternels, oncles, cousins) cultivaient ou cultivent encore la vigne. Je me souviens des joies et des peines partagées dans mon enfance : la vendange joyeuse, le repas plantureux, le jus rouge et sucré sortant du pressoir, mais aussi les jours de grêle ou de gelée, jours de malheur et de détresse face aux destructions naturelles. Les "progrès" de l'agriculture productiviste n'y ont rien changé. L'homme doit faire preuve de modestie et de prudence devant les dérèglements climatiques (dont il est en grande partie responsable) et tenter de trouver des parades non polluantes, bon marché et efficaces contre les gelées.

Le gel fait de belles photos et de belles frayeurs !

Une formule semble prometteuse faisant appel à l'homéopathie (le retour à la bougie et au régime végétarien). Il s'agit du MO2, un traitement végétal contre le mildiou et l'oïdium à l'aspirine végétale à base de saule et de reine des prés (oulala, une préparation de druide, sans  doute). Le principe en est simple. Projeter cette solution sur les parcelles à protéger fluidifie la sève qui circule mieux et ne gèle pas (comme un robinet qui coule ne gèle pas). Un espoir à concrétiser.

Rien ne sera épargné à la vigne cette année : le gel et la neige

Bien sûr, le réchauffement climatique (que personne n'ose plus nier aujourd'hui) accroît paradoxalement les risques de gelées tardives. En effet, chacun a pu le voir dans son jardin ou celui du voisin, les végétaux sont "en avance" de deux à trois semaines sur la floraison habituelle et la gelée frappe durement les pousses tendres. Chez moi, même la glycine a gelé. C'est dommage pour la beauté de la façade mais hormis pour l'esthétique ma vie n'en est pas trop affectée. En revanche, les viticulteurs et les fruiticulteurs sont frappés de plein fouet par cette calamité agricole qu'aucune assurance, aucun remboursement, aucune protection ne peuvent garantir totalement.

Le Premier Ministre, le ministre de l'Agriculture et celui des Comptes Publics, n'ont pu que constater les dégâts dans un verger de l'Ardèche.

 

 

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