LES MORTS ONT TOUS LA MÊME PEAU (Boris Vian)

Publié le par Michel Durant

Les militaires brésiliens font la police dans les favelas de Rio : 24 morts (la devise du drapeau est ordre et progrès, je préfère samba et lambada)

Les élections départementales et régionales prévues le mois prochain servent de tremplin à certains pour les Présidentielles de l'an prochain. Mais le meilleur moyen de gagner des voix reste encore l'exploitation du thème de l'insécurité dont la droite et l'extrême-droite sont les champions. Ces dernières semaines, on a vu le gouvernement d'une part et ses concurrents de l'ex-UMP et du FN-RN d'autre part faire assaut de surenchère sécuritaire dans la protection des citoyens. On a vu aussi les militaires retraités ou d'active publier dans la presse des tribunes enflammées pour fustiger (et concurrencer) "les hordes des banlieues" menaçant la tranquillité publique.

Ah, au Moyen-Âge, on savait punir les délinquants !

La mort tragique de deux fonctionnaires de police a été exploitée par les adversaires du gouvernement jugé incapable et laxiste quand ce même gouvernement veut au contraire durcir la loi pour les crimes contre des policiers. C'est à qui sera le plus sévère : allonger les peines de prison, créer des peines plancher, des peines spécifiques et, bien sûr, rétablir la peine de mort. On se souvient que, pour répondre à Mitterrand qui faisait campagne pour son abolition, Giscard voulait la maintenir pour les assassinats d'enfants et de vieillards ! (à partir de quel âge n'est-on plus un enfant et devient-on un vieillard ?)

Hommage du Premier Ministre, décoration, le pauvre policier n'en demandait pas tant

Tuer un policier (ou un gendarme) est-il plus grave que tuer un simple citoyen ? C'est ce que pensent le Ministre de l'Intérieur, le Premier Ministre, le Ministre de la Justice et les syndicats de policiers. Les policiers et les gendarmes, on le comprend aisément, sont particulièrement remontés contre les criminels qui tuent leurs camarades. Les familles de ces victimes réclament justice, c'est bien normal. Je compatis à leur peine. Mais celle-ci est-elle plus grande que le chagrin des parents d'Arthur Noyer tué par Nordahl Lelandais ? Au nom de quoi les meurtriers des policiers devraient-ils être jugés selon des lois spéciales ? Pourquoi pas des lois spéciales pour les meurtres d'avocats, de charcutiers, de couturières ? Pourquoi pas des lois spéciales pour les meurtres de Blancs, de Noirs, d'Asiatiques, d'Amérindiens ? Pourquoi pas des lois spéciales pour les meurtres de catholiques, de musulmans, d'israélites, d'hindouistes, d'athées ? Pourquoi pas des lois spéciales pour les meurtres de socialistes, de radicaux, de gaullistes, de lepénistes, d'écologistes ?

Il y a toujours eu des avalanches mais leur fréquence et leur violence ont une cause

Les morts ont tous la même peau. La vie d'une personne humaine a une valeur intrinsèque. Celle-ci ne dépend ni de son âge, ni de son sexe, ni de sa religion, ni de son métier, ni de son utilité ou de sa charge pour la société… Le jour du meurtre du policier d'Avignon, il y a eu la mort de sept alpinistes tués dans deux avalanches. Les familles et les amis de ces personnes ont eu autant de chagrin que celles et ceux du policier. Le criminel qui a tué le policier mérite d'être puni mais qui punira les responsables des avalanches ? Alors même que le Président de la République "s'incline devant la mort d'un policier", il se garde bien d'appliquer les mesures préconisées par la Convention Citoyenne pour le Climat (qu'il a mise en place) dont certaines visent à empêcher la fonte des glaciers alpins et à se prémunir contre les avalanches (3 fois plus nombreuses que les années précédentes).

La bousculade dans cette foule de pèlerins rappelle l'écroulement de la tribune du stade de Furiani à Bastia : les dieux du football et de la Torah n'ont rien fait pour eux.

Oui, les morts ont tous la même peau. Les 150 000 morts de Tchernobyl ; les 200 000 d'Hiroshima ; les 423 morts de Fréjus lors de l'effondrement du barrage de Malpasset construit par le Conseil Général du Var (où se sont succédé toutes les catégories de la bonne vieille droite pour arriver au FN-RN, tous champions de la sécurité, des caméras de surveillance, de la police municipale armée) ; les 106 000 Français morts du Covid 19 sans distinction de métier ; les 8 victimes de Michel Fourniret qui n'était pas un criminel islamiste mais un Français "de souche" ; les milliers de morts d'accidents de la route (et même sur un parking de supermarché à Saint-Victor, une femme de 39 ans a été renversée et tuée par un automobiliste de 72 ans ayant "perdu le contrôle" de son véhicule, ce conducteur n'ayant pas  survécu à l'accident) ; ce couple de policiers municipaux retrouvés morts à leur domicile de la Celle-Saint-Cloud, l'homme ayant tué la femme avant de se suicider ; dans le Gard, ce jeune homme qui a tué son patron et un de ses collègues avant de s'enfuir dans les Cévennes, lourdement armé, avec 300 gendarmes à ses trousses ; des 50 Palestiniens tués à Gaza par l'armée israélienne ripostant aux tirs de roquettes ayant tué 3 Israéliens à Tel-Aviv ; quelques jours plus tôt, dans le Nord d'Israël, une bousculade dans un pèlerinage de juifs intégristes a fait 44 morts… Cinquante pages de ce blog ne suffiraient pas à dresser la liste des victimes d'une humanité inhumaine, victimes de la bêtise, de la violence ou d'un hasard malheureux.

La rentrée à l'école Marcel-Pagnol a bien changé depuis celle d'Aubagne où le petit Marcel apprit à lire

Dans tous les cas, les morts ont tous la même peau. La violence a, grosso modo, les mêmes causes : l'attrait du pouvoir, de l'argent, de la propriété. Et ceux qui veulent le pouvoir exploitent la violence pour y parvenir et même s'en servent au moyen d'un coup d'état. Pourtant, quoi qu'en montrent les médias, en France (et peut-être même dans le monde), statistiquement, la violence n'a pas augmenté, au contraire. Le nombre d'homicides qui était de 3 pour 100 000 habitants en 1993 est tombé à 1,4 ! Bien entendu, les familles des personnes tuées n'ont pas la même impression. Il en est de même pour celles dont l'un des proches a subi une thrombose mortelle après une injection d'un vaccin anti Covid 19. Mais ceux qui croient qu'en armant les policiers municipaux, en multipliant le nombre de caméras de surveillance*, en votant de nouvelles lois plus dures, en construisant des prisons inhumaines, on assurera la sécurité des citoyens… se mettent le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Je préfère suivre Victor Hugo qui disait : Ouvrir une école c'est fermer une prison. Éduquer, éduquer encore, éduquer toujours, c'est bien la meilleure arme pacifique contre toutes les violences. *Il y en a 170 à Avignon !

Je ne suis pas sûr que Montesquieu ait raison mais je suis certain que ceux qui brandissent aujourd'hui les bannières de la loi et de la justice sont capables, la main sur le cœur, de nous tyranniser un jour.

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article