ÉLECTRICITÉ POUR RIRE OU POUR PLEURER ?

Publié le par Michel Durant

La centrale de Golfech, souvent à l'arrêt (au moins un mois par an et plus si affinités)

L'EPR de Taishan (construit par les Chinois avec une participation de 30% pour EDF) connaît des problèmes de fuites de xénon et de krypton mais cela fait rire Valérie Faudon, professeur Pellerin en jupons, lors du débat qu'elle a eu avec Laure Noualhat (alias Bridget Kyoto qu'on peut voir sur internet dans ses vidéos décapantes) et Ludovic Dupin, journaliste économique, sur ARTE dans l'émission 28 minutes du mercredi 16 juin. Valérie rit et nous sommes tout de suite rassurés. Polytechnicienne, ingénieure des Ponts et Chaussées, elle est aussi titulaire d'un master de l'Université de Stanford en Californie, une tête.

L'EPR de Taishan fonctionne tant bien que mal, les mensonges chinois aussi

Déléguée générale de la Société Française d'Énergie Nucléaire, enseignante à Sciences Po, Valérie Faudon s'empresse d'expliquer son rire face à "ce qui n'est même pas un incident" puisque dans le classement officiel des incidents (pas des accidents, hein) survenus dans les centrales nucléaires qui compte 7 niveaux, celui de Taishan est  au niveau zéro. Les Chinois, qui ne sont pourtant pas très bavards pour reconnaître leurs problèmes (voir l'origine de la pandémie de Covid 19), admettent qu'un "incident mineur" s'est produit à Taishan : 5 barres de combustible ont été endommagées "du fait de facteurs incontrôlables". On peut rire en effet et être très rassurés. À Tchernobyl, c'est bien un incident incontrôlable qui s'est produit avec des conséquences désastreuses pour l'Ukraine et la Biélorussie.

Une centrale nucléaire, c'est tout beau, tout propre avant sa mise en service…

Si Madame Faudon et tous les nucléophiles montent au créneau affichant leur amour immodéré et addictif au nucléaire c'est bien parce que celui-ci est menacé. Il est menacé car il est extrêmement menaçant. Les accidents technologiques (mines, usines pétrochimiques, unités de production d'engrais…) font peur et les accidents nucléaires sont terrifiants. Non seulement ils tuent à l'instant où se produit l'accident mais encore pendant des années, des décennies, des siècles et des millénaires ! Et, malgré le bourrage de crâne mené par les gouvernants et les médias, la part du nucléaire dans la production mondiale d'électricité qui était de 20% en 1985 est tombée à 10,1% en 2018. Actuellement, elle est en très légère progression avec 10,3% en 2019 mais les nouveaux réacteurs qui devaient être mis en service dans le monde pour remplacer ceux qui ont fermé sont à la traîne. Ainsi, l'EPR de Flamanville dont le chantier a commencé en 2007, n'est toujours pas terminé alors que le prix de la construction a triplé, l'exemplaire finlandais est aussi en attente, seuls les deux modèles chinois fonctionnent… mal, semble-t-il. 

Une centrale doit arrêter la production d'électricité pour recharger le combustible, pour la maintenance et pour une inspection générale : elle ne fonctionne donc pas 24h/24, 365 jours/an, comme l'affirment les nucléophiles

L'EPR (European Pressurized water Reactor) ne serait-il pas plutôt le sigle d'une Explosion Pour Rire ? Ce qui serait beaucoup plus rassurant et les gendarmes du nucléaire (oui, ça existe, c'est l'AIEA, Agence Internationale de l'Énergie Atomique), comme leurs synonymes de la circulation routière qui rient dans la gendarmerie, ont bien le droit de rire aussi. Hélas, pour moi, le rire de madame Faudon n'est pas communicatif. J'aurais plutôt tendance à me braquer devant une telle désinvolture face à la menace nucléaire. Les centrales françaises sont les plus sûres du monde, dit-elle. C'est bien possible car les autres sont plutôt inquiétantes. C'est surtout relatif car au pays des aveugles  les borgnes sont rois : accidents à Sellafield au Royaume-Uni en 1957 (niveau 5) un incendie de graphite ;  en Pennsylvanie, à Three Mile Island en 1979 (niveau 5) un réacteur a fondu ; en URSS, à Tchernobyl* en 1986 (niveau 7) explosion d'un réacteur, probablement 200 000 morts ; au Japon, à Fukushima* en 2011 (niveau 7) un séisme provoque un tsunami et 3 réacteurs entrent en fusion, 22 400 morts, la plupart noyés. Dans tous les cas une contamination de l'air, de l'eau et des sols pouvant durer des milliers d'années. *Tchernobyl signifie absinthe et Fukushima l'île du bonheur !

La finalité des centrales nucléaires, c'est ça : un SNLE coûte entre 1,5 et 2 milliards d'euros (prix réel demeurant inconnu comme secret militaire) et chaque missile 120 millions  d'euros ! Mais on chipote pour la Sécurité Sociale. 

Je ne compte pas les centaines d'incidents mineurs qui se produisent chaque année dans les installations atomiques françaises. En France, forcément, statistiquement, selon toute probabilité, il y aura un jour un accident majeur dû à un séisme, une tempête, un acte terroriste, la chute d'un avion ou tout simplement une erreur humaine. Il faut s'y préparer, tenter de l'empêcher en réduisant progressivement le nombre de réacteurs nucléaires, former les populations à cette perspective, augmenter les capacités d'énergies renouvelables** et, surtout, économiser l'énergie. Les partisans effrénés de la production d'électricité à l'aide de l'énergie atomique sont tous des salariés d'EDF ou de ses filiales, des scientifiques sortis des grandes écoles elles-mêmes dirigées par des partisans formatés ou salariés par le lobby nucléaire, lui-même obsédé par la force de frappe nucléaire qui ne pourrait exister sans la production de plutonium dans les réacteurs des centrales… En fait, début 1974, le Premier Ministre du  Président Pompidou, Pierre Messmer, profita du cancer qui devait emporter le Chef de l'État pour lancer le plan Tout nucléaire avec la construction de nombreuses centrales de type américain non pas pour que les Français s'équipent massivement en chauffage électrique (une aberration thermique) mais pour développer la force de frappe atomique qui devait rendre sa puissance politique à la France. Depuis cette époque, malgré les changements de présidents, c'est le lobby nucléaire qui dirige la France et tant pis pour les Français ! **Aujourd'hui, à l'heure du réchauffement climatique, les partisans de l'atome prétendent que l'électricité nucléaire est décarbonée. Mais c'est faux. Pour en juger, il est nécessaire d'embrasser la totalité de la filière (extraction, transport du minerai, transformation, traitement des déchets, démantèlement des centrales) afin de faire un vrai bilan carbone. En octobre 2020, l'Université du Sussex a fait une étude démontrant que les énergies renouvelables sont jusqu'à 7 fois plus efficaces que le nucléaire pour réduire les émissions de CO2.

Une mine d'uranium australienne qui fournit du minerai dont la France est dépourvue. Le nucléaire français décarboné ? L'atome assure notre indépendance énergétique ? Une fumisterie : l'uranium ne vient pas d'Australie en bateau à rames et nous sommes dépendants de nos fournisseurs d'uranium.

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