AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE PEU REGARDANTE

Publié le par Michel Durant

L'armée et la police française tuent des dizaines de milliers d'Algériens en mai-juin 1945 dans le Constantinois. Le Général Duval dira : "Je vous ai donné la paix pour 10 ans."

Louis XIV, Napoléon, de Gaulle sont présentés dans les livres d'histoire comme de "grands hommes" même si, à l'exception de De Gaulle, ils étaient des hommes de petite taille. Pourtant, les taches sur leurs costumes, qu'ils soient rutilants comme chez Louis XIV ou simplement militaires chez Napoléon et de Gaulle, ne manquent pas, et aucun détergent ne saura effacer les massacres qu'ils ont commis ou couverts de leur autorité. Les guerres du Roi-Soleil, sur une durée de 50 années, ont tué 500 000 soldats bien souvent recrutés de force après avoir été enivrés dans des cabarets, auxquels il faut ajouter deux millions de victimes collatérales civiles, sans parler de la ruine du pays. Les guerres de Napoléon ont tué un million d'hommes en 15 ans mais Chateaubriand, écrivain royaliste, affirme qu'il a fait périr, en 11 ans de règne (1804-1815) plus de Français que 3 siècles de guerres civiles ! Plus proche de nous, mais bien plus caché, est le bilan meurtrier de De Gaulle. À la tête de la France en 1945 et en 1961 (il est vrai dans des circonstances totalement différentes), il a couvert les massacres de Sétif (8 mai-26 juin 1945) qui ont tué entre 20 000 et 45 000 Algériens, selon les sources, et la répression du 17 octobre 1961 à Paris où ont péri environ 200 Algériens qui manifestaient pacifiquement contre le couvre-feu.

Manié avec force, le terrible "bidule" fait des ravages

J'ai participé hier à la présentation et la discussion du film Octobre à Paris au cinéma Le Rio de Clermont-Ferrand. Ce film de Jacques Panijel fut réalisé peu de temps après la manifestation du 17 octobre 1961. Il consiste essentiellement en interviews d'Algériens témoignant des violences subies. La version projetée aujourd'hui est précédée de témoignages actuels de témoins destinés à éclairer le film (60 ans après la manifestation) dont le réalisateur disait qu'il n'avait d'intérêt que dans le moment présent… Cela étant, moi qui l'ai vu dès sa sortie (et son interdiction immédiate par le pouvoir gaulliste) et qui en ai diffusé clandestinement une copie achetée par la Libre pensée, je pense qu'il peut être vu très utilement de nos jours car il contient tous les éléments constitutifs du pouvoir répressif d'une police aux ordres d'un exécutif autoritaire (tels ceux de Pétain, de Gaulle, Macron pour ne citer que des Français…) qui fait de nombreuses victimes pas seulement en raison de "bavures" mais par la volonté du Pouvoir de réprimer les oppositions présentes mais aussi d'empêcher les révoltes futures.

Comme en 1942 pour la rafle du Vel d'Hiv, la police parisienne emploie les bus  pour transporter les prisonniers dans des camps d'internement

Rappelons les faits. À l'automne 1961, la Guerre d'Algérie va entrer dans sa huitième année. Début octobre, le Préfet de Police de Paris décrète un couvre-feu frappant les seuls Français musulmans. Ceux-ci décident de manifester pacifiquement dans les rues de Paris le 17 octobre. La police, sous les ordres de Maurice Papon frappe, arrête, tue : des milliers de blessés, environ deux cents morts et 10 000 arrestations ! Les supérieurs de Papon approuvent. Le bilan officiel ne reconnaît que DEUX MORTS !! Dans leurs Mémoires, de Gaulle et Michel Debré, Premier Ministre, ne disent pas un mot de cette horrible répression alors qu'ils sont très prolixes sur la "magnifique" Constitution de la Ve République dont ils sont les auteurs et qui régit encore notre pays. Le même Papon, sous l'ordre de ses mêmes supérieurs, fait massacrer neuf Français (de souche) au métro Charonne le 8 février 1962, qui manifestaient pacifiquement contre les attentats de l'OAS !!!

L'affiche annonçant la séance du Rio

Maurice Papon, à la tête de la police parisienne en 1961, avait sous Pétain, procédé à l'envoi de 1600 juifs en camps d'extermination. À la Libération, épargné par une épuration* pour le moins bienveillante, Papon a continué sa carrière de haut fonctionnaire pour devenir Préfet en Corse, puis à Constantine avant de l'être à Paris pendant 9 ans, puis député et Ministre du Budget de Giscard ! Il aura donc servi trois régimes successifs sans états d'âme. Il n'a pourtant pas échappé à la justice des hommes puisqu'il a été finalement condamné en 1998 pour crimes contre l'humanité dans l'affaire de la déportation des juifs de Gironde.*Que je qualifierais de léger  écrémage.

Laval est chez lui mais les juifs ne sont plus citoyens français !

Je peux prêter une cassette vidéo du film Octobre à Paris qui est suivi d'un débat passé à la télévision en octobre 1997. Mais je signale une actualité télévisuelle très proche et voisine des thèmes abordés dans cet article : demain mardi 18 janvier Noirs en France, à 21h10, documentaire de 100 minutes sur France 2 ; sur ARTE à 22h30 L'Algérie sous Vichy, documentaire de 55 minutes ; sur France 2, à 23h55, Le Village de Bamboula, documentaire de 55 minutes**. Tous des films inédits montrant qu'il y a encore beaucoup à faire en France pour lutter contre le racisme.**Sur Internet, on peut voir une bande-annonce de ce documentaire.

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