JE SUIS FOU DU NUCLÉAIRE

Publié le par Michel Durant

Le fumoir de Pompidou installé à l'Élysée (autres temps autres mœurs)

Les plus vieux se souviennent de la pub de Salvador Dali (Je suis fou du chocolat Lanvin) où le génial peintre surréaliste (surnommé Avida Dollars par André Breton) voyait ses célèbres moustaches vibrer et se dresser à la verticale rien qu'en croquant un morceau de tablette de ce chocolat. C'était dans les années 1970, Pompidou fait installer un fumoir à l'Élysée et le tout-nucléaire en France (sous la pression de son Premier Ministre, Pierre Messmer, ancien militaire, fanatique de la bombe). Le Concorde vole avant de s'écraser, exploit technologique, catastrophe économique. Les centrales nucléaires fleurissent "aux 4 coins de l'hexagone" pour produire l'électricité chauffant nos passoires thermiques et le plutonium pour fabriquer nos bombes H ! Pompidou meurt d'avoir trop fumé et d'une maladie orpheline qu'il abritait dans son sein avant même d'être candidat à l'Élysée. Les pompidoliens orphelins en seront réduits à voter Giscard aux dépens de Chaban.

Je suis fou de Flamanville !

Cinquante ans plus tard, la cigarette est bannie des écrans, les avions au kérosène détaxé contribuent largement aux dérèglements climatiques et les 58 réacteurs nucléaires français vieillissants sont à l'arrêt, en sous-production ou en voie d'obsolescence. Mais la plupart des politiciens et des journalistes, après deux décennies de doutes et d'indétermination, sont atteints d'une maladie incurable comme leur ignorance : la nucléophilie galopante. Bien plus grave que la phtisie qui emporta nombre de travailleurs manuels et d'intellectuels au siècle précédent (mine inépuisable de sujets romanesques), cette implacable maladie frappe presque tous ceux qui apparaissent quotidiennement sur nos étranges lucarnes. 

Toujours content, toujours  dans le sens du vent

Hier, sur LCI, j'ai assisté à un débat (je devrais dire un lynchage) au cours duquel quatre journalistes nucléomanes s'acharnaient sur la cinquième, moins convaincue des bienfaits illimités des centrales nucléaires, qui devait, à chacune de ses interventions, s'excuser de ne pas être aussi fanatique qu'eux ! Bien entendu, si EDF est  en faillite, si les plusieurs centrales sont à l'arrêt, si on est obligé d'acheter de l'électricité hors des frontières (et si votre fille est muette), c'est la faute aux écolos. Ce n'est pas parce que les gouvernements successifs, depuis Pompidou, ont privilégié le tout-nucléaire (qui s'avère une impasse avec ses risques d'explosion et ses déchets toxiques) aux dépens des énergies renouvelables. J'ai personnellement un chauffe-eau solaire depuis plus de quarante ans et milité activement, sans grand succès, pendant des décennies pour favoriser ces mêmes énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie, méthanisation…) et l'isolation thermique des bâtiments permettant, bien davantage que les centrales nucléaires, d'assurer l'indépendance énergétique de notre pays.

Les éoliennes s'arrêtent quand il n'y a pas de vent, le nucléaire s'arrête n'importe quand

Les nucléopathes ne cessent de proférer des mensonges énormes : les EPR chinois et finlandais fonctionnent à merveille, l'EPR de Flamanville va bientôt fonctionner, les micro centrales nucléaires nous assureront le bonheur éternel… Eux qui n'avaient pas le moindre intérêt ni la moindre crainte pour le réchauffement climatique dix ans plus tôt (alors qu'il était déjà bien tard pour s'en préoccuper) utilisent cet argument pour idolâtrer le nucléaire décarboné (mon œil). En fait, on a affaire à une étrange espèce d'individus, déboussolés d'avoir perdu leur GPS de croissance, très affectés par la crise sanitaire qui les a amenés chaque jour à dire le contraire de la veille, privés de carburants thermiques trop chers et bientôt du courant nécessaire à leur moderne carrosse électrique, choqués de s'être trompés dans leurs analyses, traumatisés d'avoir été bernés par de mauvais bergers, embarqués sur un paquebot qui heurte le dernier des icebergs survivant de la fonte de la banquise, et se jetant, désespérés, dans le dernier canot de sauvetage (les femmes et les enfants ensuite) sur l'air du Beau Réacteur bleu ! (les Beatles chantaient Yellow submarine). Quand je vois aujourd'hui des documentaires filmés sur l'avant-Première ou Seconde Guerre Mondiale où simples quidams et politiciens dansaient sur un volcan sans sentir les frémissements de l'écorce terrestre, j'imagine ce que penseront nos descendants d'un débat comme celui que j'ai vu hier avec Pujadas et ses comparses (surtout que les bruits de bottes en Ukraine devraient nous alerter sur les risques d'un conflit local pouvant dégénérer avec les deux centrales nucléaires russes de Koursk et Novoronej comptant 6 réacteurs en activité, 3 arrêtés et 3 en construction et qui se trouvent à 100 et 200km de la frontière ukrainienne et cela sans exclure les 15 réacteurs ukrainiens !!!) 

Quoi de plus esthétique qu'une explosion atomique ? La Russie dispose d'un arsenal nucléaire permettant de raser complètement la planète, réglant définitivement le problème du réchauffement climatique. Voilà qui satisferait les nucléophiles : deux problèmes résolus d'un seul coup, d'un seul.

 

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